Misanthrope
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Concert of October 27th 2001
Elysée Montmartre, Paris
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Review from Darkmag webzine
La tenture réduisant la salle donne à l'Elysée-Montmartre une allure de club privé : mais qui pensait que l'auditoire serait restreint à quelques marginaux doit avouer son erreur devant la masse d'amateurs attendant l'amorce de ce concert tant espéré.

Cependant, la première partie refroidit plutôt et les sarcasmes fusent durant la prestation de Yearning : un Metal mélodique, sans réelle consistance, qui s'entend sans s'écouter et, surtout, servi par des musiciens qui tiendraient mieux leur place sous un chapiteau. Le chanteur guitariste, dans une imitation vocale de Cary Grant, annonce les morceaux avec une gravité risible, avant de se transformer en Mr. Bean dans un numéro de lâcher de médiator au milieu d'une chanson. Le spectacle du sieur, dont la bouche suit les mouvements d'humeur d'un micro mal fixé, finit par lasser une bonne partie du public qui commence à trouver la démonstration trop longue.

Avec Gloomy Grim, chacun sait ce qui l'atten : des sorciers maquillés en robe du bure, crachant du feu et du sang, et le groupe ne déroge pas au protocole, baptême du feu pour la messe noire naissante sur «Shadow World». La mise en scène, assez habile pour épargner un certain suspens, pâtit cependant du peu d'entrain du chanteur. Agathon déambule sur la scène, graillonnant ses imprécations mal rendues par les amplis, quand le guitariste exécute brillamment son office, exerçant sa prestance bien plus proche de nous, acharnés des premiers rangs. Autrement, le sortilège agit : un condensé des différentes facettes du combo finlandais nous est servi avec une précision démoniaque, la vaporeuse de leur Black horrifique s'intensifie à mesure des morceaux et la puissance rythmique approche en louvoyant. Car là réside l'élément nouveau d'une batterie qui a chassé les intonations électroniques et impersonnelles de «Blood, Monster, Darkness» et de «Life?» pour procurer l'identité du nouvel opus à des titres comme «Valley of Death». Ce choix décisif confère, au détriment de l'inhumain perceptible dans «War» ou l'insigne martialité de «Born in Fire» sur disque, une brutalité incantatoire à parfaire et un expressionnisme chaotique aux interprétations des titres de «Written in Blood». Les mélodies en sont rehaussées, s'amplifiant au gré des ruptures de rythmes plus agiles, et étirent plus librement les harmoniques des guitares, toujours purulentes dans les compositions d'Agathon. La démonstration relève pourtant d'une exécution, ordonnée et décidée, et la perception de ce carcan scénique découvre une dimension inattendue de l'évolution de Gloomy Grim, une volonté créatrice d'un flou parfait en opposition à la rectitude approximative du passé.

L'entrée en scène de Misanthrope, d'une théâtralité différente celle des finlandais, bénéficie d'une réception bien plus agitée, due, sans doute aucun, au charisme exceptionnel de chacun des musiciens. La rafale musicale débute, sans concession, emmenée par Gaël Féret dont la batterie feutrée puis déterminée conquiert la salle dès les premiers instants. La suite développe tout le caractère des compositions torturées du groupe, interprétées sublimement par Jean-Baptiste Boitel, fourmillante de cet appel insensé à travers le vice et la psychose à un véritable orgasme auditif. Les deux pôles attractifs du spectacle visuel dialoguent, chacun dans leur langage des complaintes alcestueuses de SAS de l'Argilière et de l'envoûtante rumeur déliée par la basse de Jean-Jacques Moréac, libèrent les forces inhibées de l'esprit humain en un génocide général et extrême. Une large moitié des titres de «Libertine Humiliations» s'offrent à l'accueil enthousiaste des amateurs de la brutalité du groupe, en alternance avec des revues tels que «1666» et «Futile Future» et le nouveau cycle «Misanthrope Immortel», plus éthéré dans les enchaînements. Tour de force exceptionnel de son altesse Philippe Courtois de métamorphoser des témoins de la misanthropie, juges de la bienséance musicale, enflamme la salle de confidents et adeptes. Se faire désirer cependant : Alceste aux armes de Célimène, la fierté Metal de notre culture française s'offre courtoisement ; qu'on appréhende que, le champagne versé, notre soif est plus grande ; la prestation parfaite de l'incarnation du «Misanthrope Immortel» à jamais chavire nos esprits.

-mail
Last updated: 29 November 2001