Planète Hard - N°37 Avril 1997.
interview MISANTHROPE
Il faut bien le reconnaitre, MISANTHROPE est un grupe très peu médiatisé.
Planète Hard a donc décidé de donner la parole à Philippe Courtois de
L'Argilière, guitariste-chanteur et mentor du groupe, afon que vous, fidèles
lecteurs, puissiez découvrir le groupe le plus novateur de la scène
underground française.
Planète Hard: Commençons par l'historique du groupe?
Philippe: MISANTHROPE s'est formé psychologiquement en 1988 et physiquement
en 1989 après une succession de démos. Nous avons ensuite décroché un contrat
en 1991 avec la démo "Crisis of Soul" pour un split CD chez Infet Record.
Nous proposions à l'époque un Heavy Metal brutal relativement inspiré et
influencé par les groupes Techno Death de l'époque: Nocturnus, les premiers
Atrocity, Hellwitch. Ensiuite nous avons perdu une grosse année en essayant
d'enregister un album en Allemagne mais cela n'a pas marché. Nous avons aussi
beaucoup tourné en Suisse et en France. En septembre-octobre 1992, je suis
resté le seul rescapé de la formation originale et j'ai trouvé le line-up qui
a enregistré "Variation on Inductive Theories", c'est à dire des musiciens
qui a la base jouaient dans le groupe Krakkbrain, et l'aventure a vraiment
débuté à ce moment-là avec la signature sur Holy Records. Cet album était
hyper créatif, spontané et je ne pense pas que je serais encore capable de
faire un album avec un tel feeling et malgré un manque de production il s'est
vendu à 3500 exemplaires. Six mois plus tard donc fin 1993, nous avons
enchainé avec "Miracles: Totem Taboo", que certains considèrent comme une
erreur, mais auquel je suis attaché. Ce CD contient trois nouveaux morceaux,
des remix et des vieux morceaux de 1992. C'est en fait trois mini CD en un,
dans un style avan-garde techno metal, peut-être ce qu'on a fait de plus
complexe avec beaucoup de contre breaks. En 1994 nous avons aussi beaucoup
tourné avec Nightfall et Astral Rising en Allemagne, Hollande et nous avons
été contactés pour participer à la compil "Brutale Generation" pour laquelle
nous avons écrit le nouveau morceau culte "Le Roman Noir". Ave l'arrivée aux
claviers d'Alexandre du groupe Elend, ce morceau nous a demandé cinq jours de
studio pour obtenir quelque chose d'ultra et diversifié tout en restant très
catchy avec un refrain d'anthologie. Ce morceau nous a offert beaucoup de
portes. A ce stade de l'histoire il y a un nouvel éclatement du groupe car
MISANTHROPE est un groupe qui t'absorbe. C'est très difficile d'y rentrer,
avec moi et Jean-Jacques le bassiste qui est là depuis trois ans et demi et
avec qui les chose sonst automatiques: on a même plus besoins de parler, la
musique parle d'elle même quand on est tous les deux. Nous sommes donc partis
donc partis en duo pour enregister "1666... Theatre Bizarre". Alexandre
d'Elend nous a rejoint pour paufiner les claviers. C'est un des plus mauvais
moment de ma vie car l'enregistrement c'est fait dans le stress le plus
ultime. "Teatre Bizarre", c'est un album monolithique: onze chansons, onze
atmosphères, onze textes avec la griffe MISANTHROPE.
P.H.: A propos de griffe MISANTHROPE comment difinierais-tu le style et le
concept de MISANTHROPE?
P.: En fait MISANTHROPE est un groupe metal extrème, ça c'est la base. Après
viennent se greffer des plans doom, black, death, jazz, fusion, rock,
classique, néo-baroque, gothique. Il paraît que mélanger tout cela ça vet
dire avant-garde mais c'est un mot qui ne me plait pas, donc nous sommes un
groupe de metal extrème contemporain qui travaille ses textes et qui essaye
d'être un groupe metal sans l'attitude et les clichés de ce style. C'est ça
la griffe MISANTHROPE. On est pas un groupe populaire, on est un groupe
intimiste que les gens aiment à garder pour eux-mêmes. C'est ça qui est beau
et que j'aime dans MISANTHROPE et c'est ça l'avenir de MISANTHROPE. Le
concept, quand a lui, est très vague, il évolue continuellement. En fait
MISANTHROPE a fini avec "Theatre Bizarre", la pierre a été posée. Le
MISANTHROPE est parti sur son îlot. Seul, il a rejeté l'homme, il vit replié
sur lui même. En fait sur "Theatre Bizarre" on est au zenith, au summum de la
misanthropie, on ne peut ni aller plus loin ni revenir en arrière. Tout notre
travail depuis un an et demi, est de lui donner uneseconde vie, de trouver
une nouvelle inspiration, une nouvelle ère. C'est fantastique.
P.H.: Le morceau "Rêve Lézardé" qui figure sur la compil Holy Bible est-il un
morceau de MISANTHROPE ou un morceau de la nouvelle ère?
P.: C'est un morceau de MISANTHROPE qui a été enregistré pendant la
réalisation de "Theatre Bizarre" mais qui était prévu pour cette
compilation. C'est un morceau extrèmement personnel et qui est à mort dans le
concept. C'est vrai que c'est un peu difficile de l'extraire, cela donne
quelque chose d'abrupt ce qui n'est pas totalement représentatif de
MISANTHROPE mais on reconnaît la griffe quand même dès le début. C'est un
texte très profond sur le passage de l'enfance à l'âge adulte ou à la
maturité. Ce passage est un combat, une lutte que l'enfant doit mener contre
un lézard.
P.H.: Ce lézard, il symbolise quoi?
P.: Le lézard est le seul animal que tu peux traquer, que tu peux attraper
mais que tu peux perdre même en l'ayant attrapé car il peut couper sa queue
et partir. En fait cela représente l'homme en tant que chasseur, en tant que
prédateur qui attrape sa proie mais n'a pas la jouissance de la finalité
d'avoir l'animal mort. Il est frustré de ne pas avoir la bête en entier car
en fait il n'est qu'à moitié homme. C'est la métaphore. Il rentrera dans le
monde adulte à jamais difforme, il ne pourra jamais s'intégrer, ce sera un
MISANTHROPE. C'est en fait une chason initiatique du MISANTHROPE, c'est une
adaptation complètement personnelle mais vécue. MISANTHROPE c'est beaucoup
parler de soi-même dans les textes même si la personne qui les lit comprend
ce qu'elle q envie de comprendre. C'est écrit de façon que tu ne peux pas
savoir où est la limite entre la réalité et l'imaginaire mais il y a toujours
des bases, toujours du vrai.
P.H.: Tu dis que MISANTHROPE est arrivé à son paroxysme avec "Theatre
Bizarre". Est-ce que cela veut dire que pour l'avenir tu envisage de changer
le nom du groupe?
P.: Ca, c'est une question difficile, je ne suis pas encore prêt à donner une
réponse, à priori non. Par contre on va ouvrir une seconde époque, ou alors
il y a un nouveau concept qui est en train de voir le jour... Enfin qui est
déjà prêt, le concept principal.. en fait... (rires)... mais là j'en dis
trop. En fait c'était arrivé au zénith, maintenant si on continue pour quoi
faire? Pour la futilité. En fait il y a toute une idée nouvelle et
ultra négative, ultra nihiliste de faire quelque chose dans la vie humaine où
l'on travaille comme des fous parce que le prochain album sera le plus
intense au niveau du travail et de la recherche de la perfection, pour les
compositions et la structure. En fait on fait tout ce travail pour montrer
que l'homme, même s'il travaille, s'il batît des cathédrales, reste futile,
il n'est rien par rapport à ce monde et au temps qui passe. C'est tout un
nouveau côté que l'on est en train de développer très fort avec des titres
comme "L'escalier sans Rampe" ou "Les Abîmes sans Fonds". C'est une chute
éternelle, toujours cette peur de chuter, la peur de mourir en restant
éternellement dans cette chute. Cela va être extrèmement sombre.
P.H.: Au moment ou paraît cette interview nous sommes à deux mois de
l'enregistrement, Alexandre du groupe Elend est-il toujours avec
MISANTHROPE?
P.: Non, il n'est plus avec nous, mais nous avons un nouveau clavier, Sergio,
un pianiste argentin. C'est le prof de Jean-Jacques, notre bassiste. Il a 21
ans de piano derrière lui; il est très influencé par la musique de son pays
et par le jazz. Il apporte au groupe une technique supérieure à ce que l'on a
jamais eu. Il nous remet tous en place qu niveau de la composition, de la
justesse des arrangements, de la finesse des mélodies, c'est un plus énorme.
C'est aussi quelqu'un de plus agé que moi, ce qui apporte une aisance de
travail et une nouvelle philosophie. Nous avons aussi un nouveau guitariste,
Jean-Baptiste, qui a carrément explosé son niveau en quelques mois.
P.H.: MISANTHROPE a fait relativement peu de concerts par le passé, est-ce
que cela va changer?
P.: C'est une question à laquelle je ne peux répondre, à priori non. Nous
venons où on nous demande, mais nous ne sommes pas un groupe à tournée, c'est
plutôt le fait de rencontrer le public ou d'autres personnes qui nous
intéresse, plus que le fait de faire un concert. Dans un concert de
MISANTHROPE il y a toujours un ou deux morceaux où j'explose soit en pleurs
soit nerveusement et c'est très difficile à supporter et régulièrement
pendant quinze jours, je ne suis pas maso. Faire cela à répétition ça
couperait le feeling, ça ferait préparé et non spontané et ça ne m'intéresse
pas.
P.H.: Comme est accueilli MISANTHROPE à l'étranger?
Ca marche bien en Italie, en Allemagne, en Angleterre, même aux U.S.A. et au
Canada. Il n'y a pas vraiment pas à ce plaindre, pour une musique totalement
atypique, pas anti-commerciale mais presque. Il y a aussi le fait que l'on
s'auto-coupe les portes de l'étranger en chantant en français et ça c'est
très misanthropique. Je ne ceux pas dire que notre musique est réservée à une
élite mais il y a une adaptation et il faut rentrer dans le trip. Une fois
que tu estompes le paraître tu rentre dans le concept et tu vois la
continuité du groupe. Je crois que l'authenticité se ressent dans tous nos
disques. C'est la ligne conductrice, ça sent le vrai, l'authentique.
P.H.: Pour finir, comment vois-tu l'avenir de MISANTHROPE?
P.: Futile... mais si bon. C'est hyper négatif et on jouera ça beaucoup
prochainement. Le futur immédiat du groupe c'est un travail d'arrache pied
sur le nouvel album, c'est la première fois que l'on pré-produit notre album.
Tu ne peux pas savoir à quelle vitesse on va et combien cela nous enrichit et
nous motive. C'est affolant, j'ai un peu peur du résultat.
P.H.: Tu peux nous donner une date de sortie?
P.: On peut l'escompter pour le mois de mai 1997.
JEAN-MARIE.
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