"Misanthrope immortel" est sûrement le meilleur album de MISANTHROPE depuis
"1666 Théâtre bizarre", car il détient tous les éléments d'une maturité
évidente, derrière un combo atypinue nui n'a jamais fait comme les autres...
Avec à sa tête un leader passionné, lié à son groupe comme à sa chair, on peut
d'ores et déjà affirmer due MISANTHROPE est un bien bel exemple de réussite
pour le métal français...
Ce nouvel opus marque le retour d'un MISANTHROPE plus proche de l'époque
"1666 théâtre bizarre"...
MISANTHROPE restera toujours MISANTHROPE ! Notre style est le même et il est
bien défini par quelques règles inaltérables. Honnêtement, notre nouvel album
est dans une veine beaucoup plus orchestrale que "Humiliations libertines" et
le retour à une véritable forme de poésie peut être comparable à "1666 :
théâtre bizarre". Mais en aucun point, il n'est identique ou inspiré. Nous
savons que beaucoup de personnes sont nostalgiques de notre période underground
de "Variation on inductive théories" à "1666 : théâtre bizarre", mais en tant
qu'entité musicale, nous nous devons d'aller de l'avant et de progresser. Nous
confirmons notre style en étant toujours plus modernes et en réelle compétition
avec la scène mondiale actuelle. Nous adorons "1666 : théâtre Bizarre", mais
"Misanthrope immortel" est en tout point incomparable et supérieur !
"MIsanthrope immortel" est un album qui comporte un "feeling" très heavy metal,
beaucoup plus marqué que sur les précédentes réalisations...
C'est un fait : nos parties de guitares sont plus heavy metal. C'est la
maîtrise technique, la complexité et la recherche absolue du riff qui tue qui
nous ont entraînés dans cette voie. Avec "Humiliations libertines" nous avions
ouvert la brèche. Cette fois les claviers orchestraux et les guitares sont
exceptionnellement mis en valeur, musicalement, parfois, cela se rapproche de
l'école finlandaise. Tout ce qu'ont fait NIGHTWISH, CHILDREN OF BODOM et même
quelque part STRATOVARIUS a apporté une nouvelle façon de structurer, de
composer et d'arranger le heavy metal moderne. Nous sommes en l'an 2000, II
était vraiment temps que l'on donne de nouvelles ailes à la base du style metal
: le heavy... MISANTHROPE, musicalement, lui, est plus rapide et violent, plus
mélodique, beaucoup plus riche et mieux arrangé. Frantz-Xavier BOSCHER qui me
remplace à la guitare a apporté un nouveau dynamisme au niveau de certaines
rythmiques et ses solos sont affolants. Ce nouvel album est à l'extrême de tous
les extrêmes, avec ce que l'on fait de mieux en qualité sonore de production et
en exécution instrumentale.
N'as-tu pas voulu avec cet opus mettre au grand jour tes fantasmes les plus
inavouables ?
J'ai composé un album hautement authentique où personnalité, amour de la
culture française, littérature érotique et poésie se croisent. Cette fois, les
textes ont été très composés, presque trop peaufinés. Il y a des dizaines de
versions différentes de chaque texte, toutes les semaines, voire tous les jours
certaines phrases, certains mots se développaient jusqu'à la dernière seconde
de l'enregistrement final des parties vocales. Le travail a été bien fait, les
textes sont très riches et il y a moins de répétitions qu'auparavant. Sur
certains titres comme "Tranchées 1914", les strophes évoluent et ne se répètent
pas une seule fois ! La version limitée comportera les douze titres et l'outro.
Il y a beaucoup plus de matériel que sur "Humiliations... ", c'est un album
plus long et moins compact, avec quelques aérations comme le superbe morceau
atmosphérique, "Nuits androgyne", avec chant clair et acoustique lascive... On
s'est vraiment lâché avec cet album et nous sommes allés au delà de toutes nos
émotions et expériences. Avec "Misanthrope immortel" nous sommes dans l'ultime
phase du groupe. Il nous reste des choses à dire dans d'autres circonstances,
mais c'est vrai qu'avec MISANTHROPE, nous sommes totalement heureux d'avoir
parachevé notre oeuvre avec cet album...
Tu fais vivre depuis bien longtemps ce misanthrope de Molière... Ne
penses-tu pas nous avoir entièrement dévoilé son esprit, son oeuvre ?
Oui, nous incarnons les personnages de Molière, mais c'est l'esprit et la
spiritualité de l'oeuvre qui nous animent, pas la pièce en elle-même et ses
rebondissements. Il est vrai que nous avons quasiment tout dit sur ces quatre
actes en quasiment onze années de bons et loyaux services aux joyaux de sa
majesté, mais le passé nous fascine et la culture française aussi. Nous sommes
assez métamorphosables, face à ces milliers de groupes qui se répètent sans
fin... Quand tu vois tous ces "clones" d'HELLOWEEN qui émergent partout. Après
la grande mode du death métal, du black, voici le true métal ! C'est un peu
navrant de voir si peu d'originalité parmi les milliers de disques qui sortent
chaque année en métal. La scène est inondée de groupes approximatifs et sans
âmes. C'est la peste du métal moderne ! Nous respectons toute forme de métal,
mais pas les copies !
Ne te sens-tu pas comme un personnage "schizophrène" qui s'illumine à travers
ce personnage complexe ?
Si tu parles de S.A.S de L'Argilière, oui, quelque part, cela doit être cela.
S.A.S de L'Argilière est discernable par son comportement, une certaine verve
et une rébellion que l'on ne peut qu'attribuer à son moi de générosité,
d'habileté et de dévouement. La schizophrénie dans un tel personnage est douée
à vivre, il y a toujours les sautes d'humeurs de tout individu, mais en fait
quand tu réfléchis bien, il y a toujours au fond de nous un artiste qui
sommeille. Il suffit de s'ouvrir un peu, pour qu'il s'épanouisse. La complexité
du personnage de S.A.S de L'Argilière a fait ses qualités et sa représentation.
Il y a certains codes qu'il doit suivre et son comportement envers certaines
phases de l'existence est inévitablement fixé d'avance. C'est un personnage
public, de scène, avec ses exubérances, ses qualités et ses défauts. Il est le
second moi que l'on voit à travers le miroir, à travers le paraître, à travers
les autres. S.A.S de L'Argilière est la représentation physique du MISANTHROPE.
Changeons de sujet et parlons de la production : c'est Fredrik NORDSTRÖM qui
est encore votre producteur... Pourtant le son est plus limpide et plus clair
que sur "libertine humiliations" ?
Oui, le son est absolument géant, nous sommes encore, tous, ébahis par le
travail de prise de son et de mixage de Fredrik NORDSTRÖM. Cette fois, nous
avons vraiment insisté pour qu'il arrive au bout des désirs du groupe. De toute
façon, il avait en permanence sur le dos Jean-Baptiste BOITEL ou Jean-Jacques
MOREAC, donc avec ces deux colosses devant lui, il a bien fallu qu'il se
dépasse. Le son est de très bonne qualité, les claviers orchestraux sont
somptueux et interviennent au juste moment, les guitares hyper puissantes et
rapides, les solos virtuoses, la batterie gigantesque et le chant monumental.
La basse, que notre héros national Jean-Jacques MOREAC, fait encore vibrer à
toutes ses attaques appuie les percussions d'Alexis PHELIPOT qui semble avoir
mis de la dynamite au bout de ses baguettes. C'est un album à la production
concise (et "putain" elle sonne !)... Nous recherchions personnalité,
compréhension et puissance et a priori, c'est ce que tu as retenu de l'album...
Comment se passe d'ailleurs l'enregistrement d'un album en Suède, à des
milliers de kilomètres des chez soi ? Est-ce toujours facile de donner un
maximum de "feeling" ?
C'est la troisième fois que nous utilisons ce processus. C'est maintenant
important pour nous, de nous couper de tout, vingt jours durant, pour
enregistrer un disque. C'est une habitude depuis "Visionnaire", alors je ne
sais pas si c'est bon ou mauvais, mais durant cette période, nous sommes à 100%
musique et nous ne pensons à rien d'autre. Nous ne parlons que de son, de notre
façon de jouer et de notre feeling sur chaque titre ce qui est le principal.
L'album doit avant tout avoir une couleur, une ambiance. Le ton est donné dès
le début du premier titre "Eden massacre"... L'enregistrement se passe
simplement. Pour cet album, nous nous étions fixé quatorze jours pour les
prises de sons et six pour le mixage. À notre arrivée Fredman s'est imprégné
des cassettes démo de l'album, on a choisi l'ordre des titres sur les bandes et
on a enregistré le métronome sur une piste. Puis Alexis PHELIPOT a enregistré
énergiquement sa batterie avec une guitare ou une basse témoin. Ensuite ce fut
le tour de la basse, les guitares rythmiques, les guitares mélodiques, les
guitares acoustiques et les claviers pour finir comme à notre habitude par le
chant et les solos. C'est ce qui est le plus long en général, car pour qu'un
solo ou un phrasé de chant plaise aux cinq membres de MISANTHROPE, il faut y
passer du temps. C'est le supplice pour celui qui enregistre (Rires),.. Après
les deux premiers jours de mix', c'est le repos du musicien, Fredman branche
ses câbles, essaye ses nouveaux jouets "High technology" et fait des
merveilles. Le troisième soir du mixage le morceau "The soul thrower" était
prêt. Quelques retouches au début du quatrième jour et les treize titres se
sont enchaînés sur la console jusqu'à la fin du sixième jour. C'est comme ça la
production MISANTHROPE !
Vous devez avoir rencontré là-bas, d'autres groupes... Qui sont-ils et
quelles impressions t'ont-ils laissées ?
Durant les prises, les DARK TRANQUILLITY ont mixé leur album. On a tout vu...
Fredman a torché ça, en trois jours, avec brio. Il y avait quinze titres au
total et "Haven" ne comporte que onze morceaux au final : c'est étrange, ça,
par contre ! Avec DARK TRANQUILLITY, c'était compétition de ping-pong tous les
jours, ils sont d'ailleurs particulièrement agréables pour des suédois. Sinon,
pendant notre mixage, il y avait un nouveau groupe formé par des ex-DISSECTION,
SWORDMASTER... Il y avait aussi une espèce de RAMMSTEIN "Made in Sweden". Ils
se sont donné les moyens de faire leur première démo au FREDMAN. En général les
suédois (IN FLAMES et consorts... ) sont sympathiques, mais parlent très peu et
sont relativement renfermés, par rapport à nos comportements de latins. Il n'y
a aucun problème majeur, sauf qu'ils n'ont pas la même joie de vivre que nous
"êtres misanthropiques", c'est pour dire...
Tu as toulours chanté, en utilisant l'anglais et surtout le français, une bien
belle langue, rarement utilisée dans le metal... Comment les fans ressentent
cette audace languistinue tout en ton honneur ?
L'utilisation récurrente du français est ce qui a donné ses lettres de noblesse
au groupe. Le succès constant de nos albums depuis "1666 : théâtre bizarre" en
est une preuve concrète. Le public se retrouve enfin dans un metal qu'il
apprécie dans sa langue maternelle, le texte retrouve ainsi toute sa valeur.
C'est une communication beaucoup plus intense qui existe entre MISANTHROPE et
son auditeur, quand tu écoutes l'album, les mots touchent directement l'âme et
c'est irréversible. Sur le nouvel album "Misanthrope immortel", sept titres
sont en français, alors que sur "Humiliations libertines" seulement quatre
l'étaient. Nous avons vraiment développé la langue française sur ce nouveau CD.
Cela s'est passé naturellement par le travail et par une inspiration fleuve
poétique. Nous avons tellement de choses à vous dire ! On retrouve un lyrisme
qui enchantera notre public des premières heures. La langue française est aussi
un atout à l'étranger, regarde le Japon, l'Italie, la Finlande ou l'Allemagne,
il n'y a aucun problème d'acceptation, c'est un plus dans l'originalité et pour
la qualité du groupe. Nous sommes fiers d'avoir quelque part relancé
l'utilisation du français dans la scène métal des années '90 jusqu'à
aujourd'hui.
Penses-tu que nous devons d'ailleurs éduquer les étrangers & plus s'ouvrir à
notre langue ou du moins à ne pas repousser les groupes qui n'utilisent pas la
langue de SHAKESPEARE ?
L'éducation n'est pas le terme, c'est une certaine ouverture d'esprit. Mais,
comme dans tout milieu, le métalleux peut être un "bourrin" ou un être plein de
subtilités. Il y a de multiples styles d'individus dans le monde. Même si nous
sommes la, pour déverser un message rebelle, la compréhension universelle ne
nous intéresse pas. Nous nous complaisons dans une certaine frange du public :
celui qui écoute MISANTHROPE, et qui a su y accéder, le mérite ! Le reste n'est
qu'un champ qui brûle. L'être humain est trop borné, pour s'ouvrir ou combattre
pour une cause. MISANTHROPE ne donne pas de chance de rattrapage, l'homme doit
être ou n'est rien. C'est notre vision des choses...
"Misanthrope immortel" est dans son ensemble, un opus assez rapide, assez
homogène avec un aspect symphonique très mélodique. Dans quel état d'esprit avez
vous composé ce dernier ?
Oui, la base du travail fut de composer douze musiques les plus belles
possible, avec des riffs vraiment metal et des leads (vocaux) voluptueux et
mélodiques, harmonisés par un clavier orchestral des plus poussés. C'est
Jean-Baptiste BOITEL qui a le plus composé sur cet album, c'est même un peu son
disque : il a aussi repris, au synthé, la place qu'il avait sur "Humiliations
libertines". Son style s'est vraiment confirmé et laisse une très grande place
au grandiose et à la symphonie. Nous composons, chacun de notre côté et quand
nous nous réunissons tous les cinq, nous essayons de méler nos idées et nos
cordes. Certains morceaux à cinq, d'autres à un ou deux... il n'y a aucun ordre
précis, et aucun problème d'égo les uns par rapport aux autres. C'est la qualité
de la musique qui compte : nous devons tous nous plier a l'irrémédiable loi de
la perfection. Frantz-Xavier BOSCHER, qui enregistrait son premier album avec
nous, a même composé le morceau d'ouverture de l'album, qui est en général le
morceau le plus stratégique du disque. Il n'y a aucun exclu au sein du groupe,
tous les membres sont uniques et sont utilisés au maximum de leurs compétences.
MISANTHROPE est un groupe dictatorial qui compose en groupe, qui joue en groupe
et qui va de l'avant. Ce furent les bases de notre travail. La composition fut
rude, de très nombreux morceaux ont échoué en cours de route, pour aller
vraiment à l'essence même de notre plaisir musical. Nous avons composé jusqu'au
dernier jour, avant d'entrer en studio, mais malgré cela, nous n'avons jamais
été aussi prêts pour un album.
"L'espoir en enfer" est une outre au phrasé troublant où je cite, tu dis :
"cette fois, je suis immortel, enfin, je le crois.... "... Peux-tu
developper ?
Oui, le phrasé et le texte de ce morceau ne doivent pas être trop révélés. Les
textes de S.A.S de l'Argilière sont complets et toutes les facettes de
l'extrême et de la beauté du mal sont confrontées. Quand on appelle son album
"immortel" ou "Misanthrope immortel" il faut avoir une profonde connaissance du
thème et une analyse parfaite de ses pensées et des réactions d'autrui, pour
pouvoir répondre. Déjà dans MISANTHROPE avoir un titre comme "Espoir... ",
c'est presque du surréalisme, voire de l'impensable. Nous avons un esprit clair
sur nos textes, mais le doute du MISANTHROPE sur sa condition comme sur la
perception de l'infinité et de l'immortalité, est gênante. C'est un instant de
doute du MISANTHROPE, c'est une vraie émotion, c'est l'impossibilité de pouvoir
répondre par oui ou par non, même si la chose est réelle et palpable. Comme
Alceste et son amour fou pour Célimène, c'est l'esprit MISANTHROPE. Nous ne
faisons pas vraiment de mystère, mais une éternelle interrogation sur le
pourquoi de la vie. Et quand celle-ci est connue, un doute sur les fondements
même de cette exactitude se produit. Es-tu réellement sûr que 1 + 1 = 2 ? Nous,
MISANTHROPE, ne le savons pas. C'est un code que l'humanité a donné aux hommes,
pour communiquer et simplifier sa vie en communauté, car l'homme est un être
égoïste parfait qui ne sait toujours pas, même après 2000 ans, vivre parmi les
siens.
Que représente pour toi la scène et qu'allez-vous réserver a vos fans, lors
de vos prochains concerts ?
La scène est le mode d'expression parfait pour une des facettes de notre
musique. Il y a ceux qui écoutent MISANTHROPE religieusement au casque et ceux
qui viennent partager ces grands moments de nos vies que sont les concerts.
Nous sommes très rares sur scène. Nous ne ferons pas plus de dix concerts en
France pour notre tournée "Immortel" alors si vous désirez nous voir, ne nous
ratez pas en Mars ! MISANTHROPE aime partager et échanger ses émotions avec le
public, il parait que nous sommes un très bon groupe de scène... c'est vous qui
nous le dites et encore le meilleur reste à venir. Alors on vous attend sur la
route, le rendez-vous est pris !
MISANTHROPE est maintenant prêt à conquerir le monde...
Nous avons déjà conquis le monde, nous ne faisons que consolider les
fortifications misanthropiques a travers les continents. Le chemin a été dur et
long, jonché d'embûches, mais nous sommes toujours là, imperturbables et fiers,
durs comme la pierre, invincibles et immortels parmi la colère et les
tempêtes... MISANTHROPE est le tout et le rien parmi l'infiniment grand et
l'infini néant...
Fabrice Cassaro