Metallian N°2 - February March 1996, French edition.
MISANTHROPE
"Disciples d'Alceste..."
MISANTHROPE a été formé en 1988 par Philippe COURTOIS et tout de suite a
voulu s'imposer sur la scène française comme un groupe
"avant-gardiste" n'hésitant pas à surprendre par son côté
"death baroque" ("Variation on inductive theories"). Leur
deuxième album, "Miracle totem taboo" plus abouti leur permet de
parcourir l'Europe avec NIGHTFALL, ELEND, SADNESS et CELESTIAL SEASON...
Toujours en gardant leur côté expérimental où la création et l'émotion
restent les guides, ce qui laisse présager le meilleur pour l'avenir,
MISANTHROPE nous présente son dernier opus, "1666... Theatre bizarre",
n'est ce pas Philippe?
Peux-tu nous expliquer ce que signifie "1666 Theatre
bizarre"?
Ce titre représente le thème et les couleur données à ce nouvel et second
véritable album de MISANTHROPE. A travers ce titre, j'explique ma volonté de
vouloir replonger les auditeurs dans le sombre monde d'Alceste, anti-héro
misanthropique de Molière... Homme romantique, fier et fidèle, désespéré et
abasourdi par l'amour d'une femme légère mais sensuelle qui le dévore et
représente tout ce qu'il exècre: le monde du fard. C'est en quelques mots une
adaptation libre du thème principal élaboré et développé dans les pages de la
pièce de théatre "Le misanthrope" écrite en 1666.
Tu me semble marqué par le sexe du moyen-age, je me trompe?
Il est vrai que ces deux concepts sont prédominants dans l'oeuvre actuelle de
MISANTHROPE. Nous voulons offrir à tous ceux qui nous écoutent le charme de
l'essence d'une vie antérieure, idôlatée et perverse. C'est un plongeon dans
les plaisirs les plus subtils et malsains. Même le Christ en croix est acteur
de perversions dans nos paraboles religieuses. Nous régissons nos désirs par
la secte MISANTHROPE, celle du bien dans la pénombre, la crainte et
l'exclusion. L'érotisme a toujours été présent dans nos rêves, il est donc
normal nos fantasmes mes plus bizarre hantent les strophes de nos textes. Et
si le néant devenait l'absolu...
Que penses tu du monde musical français, de la scène française? Se
développe-t-elle vraiment selon toi?
Quelques groupes vivotent, mais personne n'en fait réellement son métier, ou
alors de façon détournée. Etre musicien en France relève de la passion, il
faut avoir un message ou un feeling à faire passer à autrui, personne n'est
quelqu'un sans l'autre. La musique peut être un très sérieux hobby, mais la
France ne se donne pas les structures que son énorme public mérite. La
France est le deuxième pays européen consommateur de metal
"underground" après l'Allemagne. C'est aux groupe de demain de
montrer cette suprématie de marché. Il faut arriver à imposer nos qualités et
les énormes qualités que peuvent développer une formation française... Mais
tout cela coûte énormément de temps et d'argent dans notre société si
conformiste.
Le troisième album marque-t-il un changement musical bien ancré?
Ce quatrième CD reprend exactement là où nous avions laissé avec le
"Roman Noir" (cf "Brutale Generation"). Notre style
actuel est plus direct, efficace, puissant et violent. Le tout est enrobé
d'une production originale et très clean, où tous les instruments sont
parfaitement perceptibles et en harmonie les uns avec les autres. Le
principal changement et l'incorporation d'un clavier permanent au sein du
groupe élaboré par la personne d'Alexandre ISKANDAR d'ELEND. Notre son en est
changé et comme le bon vin, il se bonnifie avec ces années de vie commune
avec la scène metal. Cinq morceaux sont chantés en français, quatre en
anglais et un en allemand. Nous sommes friands de multi-sonorités
linguistiques, ceci est un énorme atout à nos yeux. Même dans un
environnement où l'anglais domine, la chaleur de ces deux autre langues nous
ouvre de nouveaux horizons et font de cet album une oeuvre où l'ennui et la
monotonie ne se font pas ressentir.
Une tournée française... Pour quand?
Rien n'est prévu pour le moment. Nous venons de faire deux dates avec les
dieux grecs NIGHTFALL et une en tête d'affiche en ce mois de décembre.
L'avenir nous ouvrira peut-être des moments plus propices à l'expression
scénique de notre musique.
Sur scène, ferez-vous ressortir le côté médiéval avec des décors,
lumières, qui donneraient un concept théatro-musical?
Lors de nos concerts, nous sommes 100% metal, toute notre violence ressort
même sur nos passages les plus dépressifs. Nous faisons une osmose avec le
public et essayons de partager ces moments magiques tant bien que mal. Jouer
sur scène pour MISANTHROPE est un réel accouchement. La partie n'est pas
toujours facile, c'est un challenge constant où perfection du moindre détail
rime avec une qualité de spectacle constant.
En se qui concerne vos influence musicales, sont-elles nombreuses?
Nous sommes actuellement cinq musiciens venus de tous horizons, donc de
nombreuses ambiances et émotions se dégagent de nos accouplements musicaux.
Nous sommes une espèce de monstre, où une étiquette est difficilement
collable. Nous sommes extrémistes et puissants!
CELTIC FROST, sur ses premiers albums, jusqu'à "Into the
Pandemonium" prenait un plaisir certain à mélanger musique et poésie
érotique, vous ont-ils influencé?
Seul "Into the Pandemonium" peut être comparé à certains passages
chantés de notre premier CD "Variations...", mais ce n'est pas une
réelle influence, car Tom G. WARRIOR fut lui même influencé à l'écoute du
premier album de CHRISTIAN DEATH en 81. Tout ceci n'est qu'une affinité de
ces trois groupes aux climats lugubres d'une réelle dépression. Les pleurs
extrèmement communicatifs avec l'autre, c'est une arme, une force que seuls
ces groupes élitistes sont su proposer en avant-garde d'une scène trop peu
innovatrice.
MISANTHROPE est-il un nom qui résume bien vos personnalités?
Comme tout disciple d'Alceste, nous ne pouvions que prendre ce nom comme
patronyme. Oui, comme tout membre de la secte Misanthropique, reclu dans la
pesanteur de la solitude, je suis un Misanthrope, mais tous à notre manière
ou pendant un instant bien déterminé de notre vie, ce génial sentiment de
haine éternelle nous a envahi, notre personnalité est celle d'un rêve
noir.
Considérez-vous la nouvelle vague doom/atmosphérique, black mélodique
comme un nouveau souffle dans le monde musical?
L'explosion de TIAMAT, MOONSPELL et THE GATHERING en est la preuve. Mais ce
ne sont pas les groupes ni les médias qui comme des marionnettistes jouent
avec notre petit monde idyllique. Le musicien est trop souvent le pantin de
sont maître d'oeuvre.
Quelles sont en dehors de la musique, vos autres passions et
préoccupations?
La prière et le recueillement qu sein de notre secte. La sagesse, la foi et
la maîtrise sont la trinité de la puissance, donc du pouvoir... Demain, le
monde.
Fabrice CASSARO
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