Misanthrope
Une humiliation jouissive
Misanthrope poursuit sur sa lignée triomphante. Après le bon de géant
accompli avec Visionnaire, Misanthrope est prêt à dominer le monde
avec un Libertine Humiliations, au pouvoir de conviction comparable à
celui d'un bataillon de tortionnaire sud-amériacains. Compact, furieux,
accrocheur, cet album joue la carte de la réussite totale.
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On est allés deviser avec le fameux S.A.S de L'Argilière dans son château, au
bord de la Loire, en buvant du Bordeaux et en se faisant caresser par des
courtisanes syphilitiques.
Hard-Rock: L'enregistrement de Libertine Humiliations semble avoir
été le plus éprouvant de votre carrière...
S.A.S de L'Argilière: Ce fut un véritable cauchemard, nous avons fini
l'album comme de livides zombis. Déshumanisés et exténués par ces semaines de
labeur incessant. Nous n'avons pas eu la moindre minute de repos. Il fallait
faire un choix artistique à tout instant. Holy Records nous a bouclé
le Studio Fredman en lock-out pendant cette période, personne ne
pouvait nous interrompre. Le peu de sommeil nécessaire à la survie, on se
l'accordait la journée. Nous avons principalement travaillé la nuit tombée,
incapables de faire quelque chose sous les rayons du maudit soleil suédois.
Ça à été tellement loin que nous avons fini les prises de chant de "Sous
l'Eclat Blanc du Nouceau Millénaire", à dix heure du matin, alors qu'il
restait encore trois titres à mixer, quelques synthés à peaufiner et que
notre avion décollait à seize heures. On peut dire que dans ces moments là,
une fois que le dernier titre est achevé, quand tu sais que cette
traumatisante expérience, alliant le supplice et la conscience humaine, est
terminée, les larmes te viennent facilement. Nous sommes des malades de
l'effort, des maniaco-dépressifs du travail méticuleux. De retour sur le sol
français, nous nous sommes quittés pour trois longs mois bien nécessaires
pour retaper nos carcasses décrépites et moribondes. Libertine
Humiliations est notre album souffrance dans tous les sens du terme.
Vous avez produit vous-mêmes Libertine... Quelle a été la réaction
de Fredman?
Il avait décidé de laisser libre cours à notre expression suite au succés
artistique de Visionnaire. Pour lui, nous en étions capables. Il ne
voulait pas mélanger son travail d'ingénieur du son et de producteur comme
pour Hammerfall ou Exhumation, à qui il a apporté des changements dans les
compositions, sur la structure des morceaux; ses initiatives sont cruciales.
C'est pour ça qu'après avoir mixé notre reprise de Paradise Lost en mars à
Göteborg, nous avons fait une mise au point sur la manière dont allait se
dérouler l'enregistrement et qui ferait quoi. Depuis plusieurs années,
Jean-Jacques Moréac s'est distingué pour ses talents d'arrangeur et de
coordinateur musical exceptionnel. Il était donc simplement normal que cette
tâche gratifiante lui soit confiée. Je tiens à dire que Jean-Baptiste Boitel,
bien que très occupé par ses guitares et l'orchestration des claviers, a
aussi contribué à la production. Cette fois, je me suis laissé guider. Je me
suis principalement consacré au chant, à la composition et aux textes. C'est
Fredman lui même qui nous a suggéré cette idée. Il faut avouer, qu'en fait,
il n'avait pas non plus produit Visionnaire. Il nous avait guidés pour
que qu'un album de qualité sorte de ses studios. Ce fut une première
expérience collégiale. Sur Libertine Humiliations, il a fait un gros
travail de recherche sur le son, aussi bien au niveau des prises que pour le
mix.
Vous avez adopté une nouvelle méthode de composition. Est-ce que vous avez
mis longtemps à trouver vos marques?
Nous avons mis des années à comprendre qu'il fallait faire une maquette avant
de faire un album. C'est pour ça que nos albums sont très impulsifs, partant
dans plusieurs directions. Il y avait une grande place à l'improvisation, à
cette époque. Depuis Visionnaire, on enregistre une première fois
l'album pour voir quelle couleur ont les chansons une fois achevées
rythmiquement. Mais ne n'est que depuis Libertine Humiliations que
nous avons même les claviers et le chant avec les textes définitifs comme
support de travail. Les structures ont été évolutives jusqu'au dernier jour:
nous avons changé quatre fois l'architecture d'un morceau comme "At 666
Days". On régule l'orchestration des instruments les uns par rapport aux
autres, on joue chaque riff à des vitesses diverses pour voir à quel tempo il
sera le plus efficace, à quelle place dans le morceau il sera le mieux mis en
valeur... C'est un peu de la broderie sophistiquée. C'est ce qu'il nous faut
pour écrire un morceau qui tue et qui ait la "Misanthrope touch" en même
temps.
Qu'est ce qui a provoqué le déclic d'écrire des morcequx plus
compacts?
Les compositions de Misanthrope sont depuis des années entre mes mains et mon
tempérament schizophrène. Les morceaux catchy ne furent que le fruit du
hasard, sans qu'il y ait eu une volonté de faire quelque chose de plus
accessible. Un titre comme "Bâtisseur de Cathédrales" n'était pas prémédité.
C'est durant nos concerts qu'il nous apparut que des chansons comme "Futile
Future" ou "Hypochondrium Forces" étaient de véritables hymnes. C'est dans
cette optique que nous avons concentré nos recherches. Il s'est avéré qu'au
cours de la composition des dix)huit morceaux (seuls dix ont été retenus et
enregistrés), de nombreux passages sont dûs à Jean-Baptiste. Ces parties
viennent compléter mes ébauches tout en ajoutant son touché. "Total Eclipse
Chaos" en est la plus belle preuve. Alexis et Jean-Jacques arrangent plus
qu'ils ne composent. C'est un travail de groupe, et une morceau comme
"Matador de l'Extrème" est une composition de nous quatre.
Alors, cette fois, Alceste est très en colère et a envie de dominer le
monde?
Alceste sera toujours présent dans les textes de Misanthrope. Il est la base
du concept et ce qui m'identifie. Il y a une gémélité entre lui et moi. Le
désespoir de sa réclusion lui fait rompre les chaines de sa tour d'ivoire
pour percer les murs et éclater le dôme du bizarre. Il revient sur terre
après avoir traversé l'enfer, le purgatoire et le paradis, à la recherche de
son géniteur, Molière, pour redorer l'humaniter de son blason sombre et
désespéré. Pourvoyeur de l'harmonie parfaite entre les hommes, il devient
demi-dieu, antihéros détesté et ne vivant qu'à genoux. Alceste est la
puissance absolue de l'univers, l'étoile éteinte deu cosmos, le voyageur
intemporel à travers les âmes. Prophète, il domine Lucifer! Il profitera de
sa résurrestion sur Terre pour partager avec ses frères une dernière fois le
sang de ses veines. Alceste rompt et partage le pain avec ses fidèles et
disciples humiliés et libertins. Il est un véritable matador de l'extrème
dressé sur les barricades. A jamais impudique, il passera ses trois dernière
nuits de démance dans les bras de l'infidèle Célimène pour s'en retourner.
Telle la main du mannequin de bois désarticulé de nos pochettes, il couvre de
ses mains guérisseuses notre monde actuel à l'agonie.
Cet album est un véritable numéro d'équilibriste: il est à la fois plus
extrème et plus accessible que Visionnaire...
Comme je te l'expliquais avant, le travail fut long et difficile. Ce style
spécifique est le résultat de la décortication à l'infini de nos morceaux, ce
qui a permis une telle diversité et une telle puissance. OUi, Libertine
Humiliations est beaucoup plus violent, plus musical, plus direct, plus
symphonique , plus technique, plus heavy et plus mélodiqeu à la fois. Mais,
une fois de plus, nous avons fait un album qiu nous plait vraiment, sans
temps mort, donc pas trop long. Même aujourd'hui, quand on l'écoute, on est
encore surpris par ses qualités, son esthétisme et sa superbe priduction. Ona
vraiment gommé nos erreurs du passé, tout en gardant notre originalité.
Si je me fais l'avocat du diable, n'as tu pas peur que les mauvais esprits
disent que vous avez un peu cédé aux sonorité suédoises?
Ce n'est pas être le diable que de dire la vérité. C'est vrai que la "new
swedish heavy metal school" nous a influencés. Cette vague est un modéle de
réussite dans notre genre de musique, tout comme le heavy de Maiden ou
d'Helloween, l'avant-gardisme de Celtic Frost et le death de Death. On est
toujours influencés par quelque chose mais notre musique reste du pur
Misanthrope. Le scène scandinave est fantastique et est en perpétuelle
évolution. Elle ne se laisse pas dépasser par les évènements comme les
Etats-Unis, par exemple, qui commencent juste à découvrir le black. A force
d'écouter l'album tu va dépasser cette impression première et comprendre ce
que nous avons voulu faire. Il faut des dizaines d'écoutes pour découvrir
tous les détails camouflés sous les rythmiques. Libertine Humiliations
est un album qu'on aime de plus en plus à chaque écoute. Ce n'est pas du
consommable vite fait bien fait.
Le morceau "Humiliations Libertines" est une suite donnée à vos
précédentes incursion érotiques?
Si je te dis: "Je suis libertine, je suis une catin..." Ne serait-ce
pas une chanson extraite du dernier album d'Impaled Nazarene? J'ai cru
reconnaitre ce couplet durant leur blast au napalm, sous les masques à gaz.
Non, sérieusement, que peut-on dire de divine sylphide près à tout sacrifier
de ses charmes pour uen audience maximum en prime-time sur M6. C'est
un joli brin de fille décolorée, un trsè beau clip à regarder en écoutant
au casque Humiliations Libertines". Ne t'inquiète pas, le titre de
l'album n'est pas en rapport avec cet astre "mille haine ère". Même Dani de
Cradle of Filth se proclame "libertine"!
A quand un album totalement en français, puisque désormais il n'y a plus de
barrage linguistique dans le monde du metal?
Ce n'est pas notre désir. Nous voulons continuer notre démarche bilingue.
Même s'il n'y a plus de barrières dans notre sens, il y en a dans l'autre.
Pour nous, les textes sont primordiaux. Nous privilégions le public français
qui nous le rend bien, d'ailleurs, mais l'anglais reste très important. Il
faut absolument que l'on puisse comprendre un minimum de textes, sinon il n'y
a plus qu'un seul sens: l'auditif. Mais Misanthrope n'est pas que la musique,
c'est un tout indissociable. Notre discours est trop fort pour qu'i soit
gommé en dehors de nos frontières. Ce serait dommage! Pour rassurer les
éventuels amateurs, il nous est techniquement possible de réenregistrer
certains morceaux chantés en anglais pour en faire une adaptation française.
Nous y avons pensé durant le mixage de l'album. Tous les morceaux ont été
mixés en version instrumentale. Il ne me suffit donc qu'à rechanter par
dessus. Mais ceci n'est pas dans nos projets.
Pourquoi avoir réarrangé le vieux morceau, "Crisis Of Soul"?
Ce n'est pas dû à une panne d'inspiration. En fait j'ai présenté au reste du
groupe ce morceau comme un nouveau. Ce n'est qu'en fin de préparatifs que les
autres ont découvert son origine. Il a été composé il y a huit ans et était
le title-track de la seconde démo du groupe. Le résultat a été tellement
probant qu'il a été sélectionné. Ce titre différent des autres fait rebondir
l'album par son ambiance lugubre et malsaine, une espèce de petit manège des
horreurs, en quelque sorte.
Sur les photos, vous avez adopté un look particulier, très aristocrate de
la fin du 18e, c'est la nouvelle image de Misanthrope? Le look devient
quelque chose d'important pour vous?
Effectivement, l'apparence physique est très importante. Il y a eu une
mutation du groupe dans ce sens. Nous avons essayé d'éviter les clichés du
groupe metal, posant le long d'un mur, les bras ballants, avec les yeux
rouges à cause d'un flash mal réglé. Nous avons fait un réel travail de
présentation, dirigé par notre label-manager et coach, Séverine. Tout ce qui
est graphisme et design est entre ses mains. Misanthrope ne pouvait plus
porter se simples jeans et des T-shirts. C'est un travail de réflexion et de
conception. Dons ce domaine, Cradle of Fith est une référence et mérite le
respect.
Pour l'étranger, vous insistez sur le raffinement, digne de la tradition
française en matière de luxe. Misanthrope ne va pas sans une idée de
préciosité?
Nous sommes immoraux face à l'argent et au luxe, nous l'utilisons dans un
sens contraire. C'est une forme de dandysme moderne et extrème. Nous n'avons
aucun attachement aux choses de la vie, donc, partant de ce principe, tout
devient futile et sans mesure. Nous avons l'éclat d'une étoile morte, rebelle
et antibourgeoise. Misanthrope est le mal et nous jouons avec tous les
éléments de notre ennemi pour mieux l'emprisonner, l'empoisonner. C'est ça le
vrai libertin!
Maintenant, pour terminer premier de la classe et entériner deux très bons
albums, n'est-il pas temps de songer à une vraie tournée?
Nous y pensons depuis de nombreuses années mais cela n'est pas évident à
mettre en place, en raison de nos multiples activités. Misanthrope est
l'opposé d'un groupe de metal classique. Nous ne vivons pas que pour
l'extériorisation de notre musique mais aussi pour nos rencontres
individuelles, pour le développement de notre sagesse. La domination complète
de l'hommme par le pouvoir et les flammes est un but ultime, mais comme notre
public nous manque, nous devrions tourner en support de Septic Flesh en avril
ou en mai. Ces concerts devraient sillonner la France; notre venue est donc
imminente.
Avez-vous été surpris que les lecteurs de Hard-Rock vous élisent comme une
de leurs groupes favoris?
Avec l'explosion de Visionnaire, les lecteurs de Hard-Rock nous
ont propulsés au cinquième rang. On ne s'attendait pas une seconde à ce bond
de géant. Trop underground et avant-gardistes pour être classés dans le
passé, nous voici aux côtés des plus grands, et surtout parmis les groupes
aux orientations commerciales. On s'est sentis encore plus seuls qu'avant, ne
sachant que répondre et surtout ne sachant pas à qui répondre. Nous vous
remercions lecteurs extrèmes de Hard-Rock, jamais nous ne
changerons!
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