Misanthrope
GB
English


Interview
Hard-Rock N°42 Janvier 1999
.

Misanthrope

Une humiliation jouissive

Misanthrope poursuit sur sa lignée triomphante. Après le bon de géant accompli avec Visionnaire, Misanthrope est prêt à dominer le monde avec un Libertine Humiliations, au pouvoir de conviction comparable à celui d'un bataillon de tortionnaire sud-amériacains. Compact, furieux, accrocheur, cet album joue la carte de la réussite totale.

On est allés deviser avec le fameux S.A.S de L'Argilière dans son château, au bord de la Loire, en buvant du Bordeaux et en se faisant caresser par des courtisanes syphilitiques.

Hard-Rock: L'enregistrement de Libertine Humiliations semble avoir été le plus éprouvant de votre carrière...
S.A.S de L'Argilière: Ce fut un véritable cauchemard, nous avons fini l'album comme de livides zombis. Déshumanisés et exténués par ces semaines de labeur incessant. Nous n'avons pas eu la moindre minute de repos. Il fallait faire un choix artistique à tout instant. Holy Records nous a bouclé le Studio Fredman en lock-out pendant cette période, personne ne pouvait nous interrompre. Le peu de sommeil nécessaire à la survie, on se l'accordait la journée. Nous avons principalement travaillé la nuit tombée, incapables de faire quelque chose sous les rayons du maudit soleil suédois. Ça à été tellement loin que nous avons fini les prises de chant de "Sous l'Eclat Blanc du Nouceau Millénaire", à dix heure du matin, alors qu'il restait encore trois titres à mixer, quelques synthés à peaufiner et que notre avion décollait à seize heures. On peut dire que dans ces moments là, une fois que le dernier titre est achevé, quand tu sais que cette traumatisante expérience, alliant le supplice et la conscience humaine, est terminée, les larmes te viennent facilement. Nous sommes des malades de l'effort, des maniaco-dépressifs du travail méticuleux. De retour sur le sol français, nous nous sommes quittés pour trois longs mois bien nécessaires pour retaper nos carcasses décrépites et moribondes. Libertine Humiliations est notre album souffrance dans tous les sens du terme.

Vous avez produit vous-mêmes Libertine... Quelle a été la réaction de Fredman?
Il avait décidé de laisser libre cours à notre expression suite au succés artistique de Visionnaire. Pour lui, nous en étions capables. Il ne voulait pas mélanger son travail d'ingénieur du son et de producteur comme pour Hammerfall ou Exhumation, à qui il a apporté des changements dans les compositions, sur la structure des morceaux; ses initiatives sont cruciales. C'est pour ça qu'après avoir mixé notre reprise de Paradise Lost en mars à Göteborg, nous avons fait une mise au point sur la manière dont allait se dérouler l'enregistrement et qui ferait quoi. Depuis plusieurs années, Jean-Jacques Moréac s'est distingué pour ses talents d'arrangeur et de coordinateur musical exceptionnel. Il était donc simplement normal que cette tâche gratifiante lui soit confiée. Je tiens à dire que Jean-Baptiste Boitel, bien que très occupé par ses guitares et l'orchestration des claviers, a aussi contribué à la production. Cette fois, je me suis laissé guider. Je me suis principalement consacré au chant, à la composition et aux textes. C'est Fredman lui même qui nous a suggéré cette idée. Il faut avouer, qu'en fait, il n'avait pas non plus produit Visionnaire. Il nous avait guidés pour que qu'un album de qualité sorte de ses studios. Ce fut une première expérience collégiale. Sur Libertine Humiliations, il a fait un gros travail de recherche sur le son, aussi bien au niveau des prises que pour le mix.

Vous avez adopté une nouvelle méthode de composition. Est-ce que vous avez mis longtemps à trouver vos marques?
Nous avons mis des années à comprendre qu'il fallait faire une maquette avant de faire un album. C'est pour ça que nos albums sont très impulsifs, partant dans plusieurs directions. Il y avait une grande place à l'improvisation, à cette époque. Depuis Visionnaire, on enregistre une première fois l'album pour voir quelle couleur ont les chansons une fois achevées rythmiquement. Mais ne n'est que depuis Libertine Humiliations que nous avons même les claviers et le chant avec les textes définitifs comme support de travail. Les structures ont été évolutives jusqu'au dernier jour: nous avons changé quatre fois l'architecture d'un morceau comme "At 666 Days". On régule l'orchestration des instruments les uns par rapport aux autres, on joue chaque riff à des vitesses diverses pour voir à quel tempo il sera le plus efficace, à quelle place dans le morceau il sera le mieux mis en valeur... C'est un peu de la broderie sophistiquée. C'est ce qu'il nous faut pour écrire un morceau qui tue et qui ait la "Misanthrope touch" en même temps.

Qu'est ce qui a provoqué le déclic d'écrire des morcequx plus compacts?
Les compositions de Misanthrope sont depuis des années entre mes mains et mon tempérament schizophrène. Les morceaux catchy ne furent que le fruit du hasard, sans qu'il y ait eu une volonté de faire quelque chose de plus accessible. Un titre comme "Bâtisseur de Cathédrales" n'était pas prémédité. C'est durant nos concerts qu'il nous apparut que des chansons comme "Futile Future" ou "Hypochondrium Forces" étaient de véritables hymnes. C'est dans cette optique que nous avons concentré nos recherches. Il s'est avéré qu'au cours de la composition des dix)huit morceaux (seuls dix ont été retenus et enregistrés), de nombreux passages sont dûs à Jean-Baptiste. Ces parties viennent compléter mes ébauches tout en ajoutant son touché. "Total Eclipse Chaos" en est la plus belle preuve. Alexis et Jean-Jacques arrangent plus qu'ils ne composent. C'est un travail de groupe, et une morceau comme "Matador de l'Extrème" est une composition de nous quatre.

Alors, cette fois, Alceste est très en colère et a envie de dominer le monde?
Alceste sera toujours présent dans les textes de Misanthrope. Il est la base du concept et ce qui m'identifie. Il y a une gémélité entre lui et moi. Le désespoir de sa réclusion lui fait rompre les chaines de sa tour d'ivoire pour percer les murs et éclater le dôme du bizarre. Il revient sur terre après avoir traversé l'enfer, le purgatoire et le paradis, à la recherche de son géniteur, Molière, pour redorer l'humaniter de son blason sombre et désespéré. Pourvoyeur de l'harmonie parfaite entre les hommes, il devient demi-dieu, antihéros détesté et ne vivant qu'à genoux. Alceste est la puissance absolue de l'univers, l'étoile éteinte deu cosmos, le voyageur intemporel à travers les âmes. Prophète, il domine Lucifer! Il profitera de sa résurrestion sur Terre pour partager avec ses frères une dernière fois le sang de ses veines. Alceste rompt et partage le pain avec ses fidèles et disciples humiliés et libertins. Il est un véritable matador de l'extrème dressé sur les barricades. A jamais impudique, il passera ses trois dernière nuits de démance dans les bras de l'infidèle Célimène pour s'en retourner. Telle la main du mannequin de bois désarticulé de nos pochettes, il couvre de ses mains guérisseuses notre monde actuel à l'agonie.

Cet album est un véritable numéro d'équilibriste: il est à la fois plus extrème et plus accessible que Visionnaire...
Comme je te l'expliquais avant, le travail fut long et difficile. Ce style spécifique est le résultat de la décortication à l'infini de nos morceaux, ce qui a permis une telle diversité et une telle puissance. OUi, Libertine Humiliations est beaucoup plus violent, plus musical, plus direct, plus symphonique , plus technique, plus heavy et plus mélodiqeu à la fois. Mais, une fois de plus, nous avons fait un album qiu nous plait vraiment, sans temps mort, donc pas trop long. Même aujourd'hui, quand on l'écoute, on est encore surpris par ses qualités, son esthétisme et sa superbe priduction. Ona vraiment gommé nos erreurs du passé, tout en gardant notre originalité.

Si je me fais l'avocat du diable, n'as tu pas peur que les mauvais esprits disent que vous avez un peu cédé aux sonorité suédoises?
Ce n'est pas être le diable que de dire la vérité. C'est vrai que la "new swedish heavy metal school" nous a influencés. Cette vague est un modéle de réussite dans notre genre de musique, tout comme le heavy de Maiden ou d'Helloween, l'avant-gardisme de Celtic Frost et le death de Death. On est toujours influencés par quelque chose mais notre musique reste du pur Misanthrope. Le scène scandinave est fantastique et est en perpétuelle évolution. Elle ne se laisse pas dépasser par les évènements comme les Etats-Unis, par exemple, qui commencent juste à découvrir le black. A force d'écouter l'album tu va dépasser cette impression première et comprendre ce que nous avons voulu faire. Il faut des dizaines d'écoutes pour découvrir tous les détails camouflés sous les rythmiques. Libertine Humiliations est un album qu'on aime de plus en plus à chaque écoute. Ce n'est pas du consommable vite fait bien fait.

Le morceau "Humiliations Libertines" est une suite donnée à vos précédentes incursion érotiques?
Si je te dis: "Je suis libertine, je suis une catin..." Ne serait-ce pas une chanson extraite du dernier album d'Impaled Nazarene? J'ai cru reconnaitre ce couplet durant leur blast au napalm, sous les masques à gaz. Non, sérieusement, que peut-on dire de divine sylphide près à tout sacrifier de ses charmes pour uen audience maximum en prime-time sur M6. C'est un joli brin de fille décolorée, un trsè beau clip à regarder en écoutant au casque Humiliations Libertines". Ne t'inquiète pas, le titre de l'album n'est pas en rapport avec cet astre "mille haine ère". Même Dani de Cradle of Filth se proclame "libertine"!

A quand un album totalement en français, puisque désormais il n'y a plus de barrage linguistique dans le monde du metal?
Ce n'est pas notre désir. Nous voulons continuer notre démarche bilingue. Même s'il n'y a plus de barrières dans notre sens, il y en a dans l'autre. Pour nous, les textes sont primordiaux. Nous privilégions le public français qui nous le rend bien, d'ailleurs, mais l'anglais reste très important. Il faut absolument que l'on puisse comprendre un minimum de textes, sinon il n'y a plus qu'un seul sens: l'auditif. Mais Misanthrope n'est pas que la musique, c'est un tout indissociable. Notre discours est trop fort pour qu'i soit gommé en dehors de nos frontières. Ce serait dommage! Pour rassurer les éventuels amateurs, il nous est techniquement possible de réenregistrer certains morceaux chantés en anglais pour en faire une adaptation française. Nous y avons pensé durant le mixage de l'album. Tous les morceaux ont été mixés en version instrumentale. Il ne me suffit donc qu'à rechanter par dessus. Mais ceci n'est pas dans nos projets.

Pourquoi avoir réarrangé le vieux morceau, "Crisis Of Soul"?
Ce n'est pas dû à une panne d'inspiration. En fait j'ai présenté au reste du groupe ce morceau comme un nouveau. Ce n'est qu'en fin de préparatifs que les autres ont découvert son origine. Il a été composé il y a huit ans et était le title-track de la seconde démo du groupe. Le résultat a été tellement probant qu'il a été sélectionné. Ce titre différent des autres fait rebondir l'album par son ambiance lugubre et malsaine, une espèce de petit manège des horreurs, en quelque sorte.

Sur les photos, vous avez adopté un look particulier, très aristocrate de la fin du 18e, c'est la nouvelle image de Misanthrope? Le look devient quelque chose d'important pour vous?
Effectivement, l'apparence physique est très importante. Il y a eu une mutation du groupe dans ce sens. Nous avons essayé d'éviter les clichés du groupe metal, posant le long d'un mur, les bras ballants, avec les yeux rouges à cause d'un flash mal réglé. Nous avons fait un réel travail de présentation, dirigé par notre label-manager et coach, Séverine. Tout ce qui est graphisme et design est entre ses mains. Misanthrope ne pouvait plus porter se simples jeans et des T-shirts. C'est un travail de réflexion et de conception. Dons ce domaine, Cradle of Fith est une référence et mérite le respect.

Pour l'étranger, vous insistez sur le raffinement, digne de la tradition française en matière de luxe. Misanthrope ne va pas sans une idée de préciosité?
Nous sommes immoraux face à l'argent et au luxe, nous l'utilisons dans un sens contraire. C'est une forme de dandysme moderne et extrème. Nous n'avons aucun attachement aux choses de la vie, donc, partant de ce principe, tout devient futile et sans mesure. Nous avons l'éclat d'une étoile morte, rebelle et antibourgeoise. Misanthrope est le mal et nous jouons avec tous les éléments de notre ennemi pour mieux l'emprisonner, l'empoisonner. C'est ça le vrai libertin!

Maintenant, pour terminer premier de la classe et entériner deux très bons albums, n'est-il pas temps de songer à une vraie tournée?
Nous y pensons depuis de nombreuses années mais cela n'est pas évident à mettre en place, en raison de nos multiples activités. Misanthrope est l'opposé d'un groupe de metal classique. Nous ne vivons pas que pour l'extériorisation de notre musique mais aussi pour nos rencontres individuelles, pour le développement de notre sagesse. La domination complète de l'hommme par le pouvoir et les flammes est un but ultime, mais comme notre public nous manque, nous devrions tourner en support de Septic Flesh en avril ou en mai. Ces concerts devraient sillonner la France; notre venue est donc imminente.

Avez-vous été surpris que les lecteurs de Hard-Rock vous élisent comme une de leurs groupes favoris?
Avec l'explosion de Visionnaire, les lecteurs de Hard-Rock nous ont propulsés au cinquième rang. On ne s'attendait pas une seconde à ce bond de géant. Trop underground et avant-gardistes pour être classés dans le passé, nous voici aux côtés des plus grands, et surtout parmis les groupes aux orientations commerciales. On s'est sentis encore plus seuls qu'avant, ne sachant que répondre et surtout ne sachant pas à qui répondre. Nous vous remercions lecteurs extrèmes de Hard-Rock, jamais nous ne changerons!

-mail
Mise à jour: 15 Octobre 1999